1989 -
J'avais 15 ans, dernière année de collège, je m'apprêtais à faire mon entrée au lycée. En avril, des élèves de seconde étaient chargés de nous faire visiter le lycée pour que nous ne soyons pas complètement perdus à la rentrée de septembre. C'est ainsi que j'ai rencontré Vincent. D'un naturel timide et peu sur de lui, il nous avait guidés dans les méandres de l'établissement. Cette visite n'avait servi à rien mais je m'étais enivrée de sa voix, marchant consciencieusement derrière lui afin d'observer ses fesses dans ce jean qui tombait à merveille.
Nous avons pris le train ensemble pour rentrer ce soir là et il me dévorait des yeux. Nous nous sommes quittés avec un signe de main, même pas un bisou ou un mot gentil et encore moins un numéro de téléphone. J'étais un peu déçue mais cela ne dura pas car le vendredi suivant, j'eus la surprise de le voir à la sortie du collège. Et il m'attendait moi !
- Salut, ça va ? Me dit-il comme si nous avions convenu ce rendez-vous.
- Je peux te raccompagner chez toi ? Nous n'avons pas eu le temps de trop faire connaissance la dernière fois ...
- Oui, mes copines ne nous ont pas lachés mais tu leur plais beaucoup. Il ne put cacher son trouble, ses joues rosirent et cela me fit craquer d'autant plus, un garçon qui rougit, ce n'est pas monnaie courante. Nous marchions l'un à côté de l'autre. Je regardais mes chaussures et lui avait le nez dans les nuages. J'attendais le moment où il me toucherait.
- Alors, tu es prête pour le brevet ?
- Pas du tout, je suis nulle en maths et en physique, et je suis limite en histoire-géo.
- Je peux t'aider si tu veux. Les maths c'est ma spécialité.
Il m'adressa un clin d'oeil et sa main frôla la mienne. Malgré la douceur de cette fin de journée d'avril, elle était gelée, je me dis que ce garçon était mon double, il était terrifié par cette situation, aussi mal à l'aise que moi. Je lui adressai mon plus beau sourire et acquiesçai avec un enthousiasme non feint. Nous étions donc d'accord, nous nous retrouverions le lendemain. Arrivée en bas des escaliers menant à ma rue, je m'arrêtai. Je n'avais pas spécialement envie que les voisins me voient en compagnie d'un garçon. Les copines ne manqueraient pas de me bombarder de questions quand elles sauraient que je ne serai pas libre samedi après-midi. Nous nous retrouvions souvent pour traîner dans Meaux, passer des heures à la Carterie et finir devant une glace chez le pâtissier. Elles trouveraient bien étrange que je me contente d'un cours de math surtout que mes parents n'y étaient pour rien.
Nous restâmes un moment sans rien dire, chacun perdu dans ses pensées. Je vis qu'il se penchait, il allait m'embrasser quand j'entendis mon meilleur ami m'appeler, il arrivait et était hors d'haleine ...
- Lili, il faut que tu vois ça, je l'ai reçu, mon ordi, tu te rends compte. Il avait à peine dit bonjour à Vincent et ne le regardait même pas ... Il était si content qu'il ne remarqua pas qu'il dérangeait.
- Viens, monte à la maison, je vais te montrer !
- C'est que, je ne suis pas seule et puis ... Il ne me laissa pas finir ma phrase et se retourna vers Vincent en lui tendant la main.
- Salut, moi c'est Manu, ça t'intéresse, tu peux venir aussi, j'ai des jeux sensas ... Vincent saisit sa main et ne se fit pas prier.
Nous allâmes donc chez Manu, j'étais un peu agacée quand même, il allait m'embrasser et tout avait été gâché... pour un ordinateur. Manu nous devança et ouvrit la porte, une terrible odeur nous assaillit et j'eus un mouvement de recul.
- Oh non, c'est le chien, il s'est lâché... attendez-moi là je vais nettoyer, je vous appelle quand c'est respirable.
Le fou rire monta et j'éclatai littéralement. Vincent riait de bon coeur aussi. Nous étions devant la porte à nous remettre, on voyait Manu se démener comme un beau diable ... Vincent se tourna vers moi, se pencha et pris ma main au même moment, ses lèvres touchèrent les miennes. Je me laissai faire et m'abandonna à cette caresse. Il serra ma main un peu plus fort et sa langue vint à la rencontre de la mienne, elles s'entrelacèrent pour donner corps à un baiser qui parût durer des heures.
- hum hum ... Manu était adossé au chambranle de porte, un sourire rivé au coin des lèvres. Il me regardait, amusé de me voir fricoter avec un garçon. Il avait un an de moins que moi et ne s'intéressait que très peu aux filles. Cela changerait bientôt, et nous éloignerait l'un de l'autre durant un temps.
Vincent libéra ma main et nous nous séparâmes, le charme était rompu et la réalité repris sa place. Je laissai les garçons s'extasier devant le tas de ferraille et attendis dehors. J'aurais pu attendre des heures, cela m'était égal, je revivais en boucle le baiser qu'il m'avait donné promesse de bien des douceurs à venir.
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