Chapître Premier
En sortant du boulot Mathieu décide d'aller boire un verre dans ce petit bar qui a ouvert au printemps sur la plage. Il s'assoit à une table, enlève ses chaussures et se délecte de la chaleur du sable en cette fin d'après-midi de septembre. Le soleil n'est plus aussi mordant qu'en juillet-août mais la température est encore très douce et s'il n'avait pas ce maudit costume, il irait certainement marcher dans l'eau.
Il commande une bière et regarde l'océan. Des enfants courent et crient un peu plus loin, il les regarde et ça le fait sourire. Il se revoit enfant quand sa mère l'emmenait à la plage, une heure ou deux après l'école, qu'il puisse bien se défouler.
Ses yeux errent et reviennent sur la terrasse où il est assis. Il n'y a pas grand monde, il est chanceux de quitter à 17h00. Le plus gros de la clientèle n'arrive pas avant 18h30.
Une jeune femme est assise à quelques tables de lui. Jeune et mince, un visage élancé, elle porte une jupe longue et un chemisier léger. Mathieu ne peut s'empêcher de suivre ses courbes délicieuses. Ils ferment les yeux, se reprend intérieurement. Depuis que Sandra l'a quitté, il est à l'affut de la future femme de sa vie. Cette idée le fait sourire, il se déteste pour être un indécrottable romantique. Il se voit déjà accostant la jeune femme, elle est seule aussi et n'attendait que lui.
Elle regarde également en direction des enfants mais son visage ne laisse rien paraître des sentiments qui l'animent. Mathieu se demande à quoi elle peut bien penser. À son travail ? À sa famille ? À son amant peut être. Ou alors à ses prochaines vacances.
Le serveur arrive et Mathieu paye sa bière. Elle est bien fraiche et il savoure chaque gorgée. La jeune femme tourne la tête et regarde dans sa direction. Il baisse les yeux et espère qu'elle n'a pas remarqué qu'il l'observe depuis un moment. Elle porte des lunettes de soleil et on ne peut pas savoir où se porte son regard. Mathieu se tourne un peu et retrouve les enfants qui se jettent maintenant dans les vagues dont la fraicheur leur arrache des cris de joie.
Il regarde de côté, elle est vraiment jolie, il cherche une bonne raison de l'accoster et aperçoit la carte des glaces. Prenant son courage à deux mains, il se lève.
C'est la première fois que je sors depuis l'accident. Cet été sera celui de tous les changements. Fin juin, j'ai trouvé ce super job, bien payé, à côté de chez moi, une rue à traverser, le rêve !
Et oui, elle m'aura été fatale cette rue, je n'ai pas vu arriver la voiture et je l'ai encore moins vue rater le virage et quitter la route. Par contre, j'ai entendu les freins et les gens hurler. Elle m'a prise de plein fouet, je me suis envolée. J'ai vu les tours d'en face tournoyer, le ciel bleu en stroboscope comme dans un manège qui vous fait tourner dans tous les sens. C'est la dernière image qui est restée figée dans ma mémoire, le bleu marine du ciel du petit matin. Cela aurait pu être pire, j'aurais très bien pu ne garder que le gris du trottoir sur lequel je me suis écrasée.
Je suis restée trois semaines à l'hôpital. Les médecins disent que c'est un miracle que je puisse encore marcher. Un choc pareil, bien souvent cela broie la colonne vertébrale et vous condamne à la chaise roulante à vie. Je n'ai perdu que la vue, han ... je voudrais bien vous y voir Messieurs les docteurs, vivre dans le noir jusqu'à la fin de vos jours !
Quand ma meilleure amie est venue me voir, je l'entendais pleurer malgré ses efforts. Paul, mon fiancé n'a même pas daigné se déplacer, j'ai reçu une lettre, il a de l'humour Paul, annulant le mariage avec toutes ses excuses. Cet accident est un mal pour un bien, j'ai failli épouser un con.
Ce matin, je me suis décidée à sortir. Il faut bien que j'affronte le monde extérieur un jour ou l'autre. Je suis venue sur cette plage car je la connais par coeur, je sais parfaitement où se trouve le moindre grain de sable. Ce petit café est tout nouveau et cette terrasse sur la plage est une excellente idée. Je redécouvre le rivage autrement, la brise amène cette odeur saline dont on se délecte les yeux fermés. Elle caresse mon visage et je sens le soleil me chauffer la joue droite doucement.
Des enfants crient sur la plage, ils sont dans les vagues, apparemment elle est froide. Je les imagine dos à la mer attendant que les rouleaux les éclaboussent. À droite j'entends le bruit d'une balle sur des raquettes. Les joueurs sont bons apparemment car le bruit est quasiment continu, les échanges sont longs. J'ai commandé une menthe à l'eau comme quand j'étais gosse, avec une paille.
Depuis un moment, j'ai une drôle de sensation comme si quelqu'un m'observait. J'entends une chaise se déplacer et quelqu'un approche.
- Excusez moi mademoiselle, puis je vous prendre le carte des glaces ?
- Je vous en prie. Je tâtonne et ne la trouve pas. Je sens mon visage s'empourprer. Je suis non voyante, prenez là s'il vous plait.
L'homme bafouille et est encore plus embarrassé que moi.
- Je suis désolé, je ne savais pas. Enfin cela ne se voit pas, enfin je veux dire ...
- Oui je comprends. Je souris, on dirait un gamin pris la main dans le bocal de bonbons. Il a une jolie voix, douce mais virile à la fois.
- Je peux vous en offrir une ?
Je reste bête et je le sens mal à l'aise.
- Avec plaisir, mais il va falloir me faire la lecture.
- Oh mais ça ce n'est pas un problème. Je vais tellement bien vous les décrire que vous allez vouloir toutes les goûter ! Je m'appelle Mathieu.
- Moi, c'est Coralie.
Décidemment, les changements continuent, l'été n'est pas terminé ...
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Sélectionnez une note dans le menu déroulant.Dernière mise à jour de cette page le 30/04/2008