Ma chère petite fille,
Avant tout, je te demande pardon de ce que je te fais subir en t'abandonnant à ton propre sort. J'espère vraiment que les soeurs te donneront ta chance d'avoir une vraie vie. Je ne suis pas capable de te protéger et je ne veux pas que tu finisses comme moi. Notre famille est spéciale et on a trop déconné, il faut que cela s'arrête et tu seras le symbole de ce changement de cap.
Je veux que tu saches que je t'aime et que ce n'est pas parce que tu es albinos que je t'abandonne. C'est vraiment une question de survie pour toi. Mais bien que nous soyons séparées, tu seras toujours ma petite Odette, mon tendre amour, mon petit coeur.
e prie pour toi et j'espère que tu deviendras une femme forte et responsable, ce que je ne suis pas.
Ta maman qui t'aime, Stéphanie.
J'ai relu cette lettre des centaines de fois, imaginant sa voix, son visage, ses mains tremblantes en écrivant ces mots. Par endroit, l'encre a coulé. A-t-elle pleuré en l'écrivant ou est ce du au temps ? Stéphanie Rochard pourrait être maîtresse d'école, les mots sont parfaitement caligraphiés et soigneusement alignés le long d'une marge fictive. L'écriture est droite et sans bavure bien que la feuille ne comporte pas de ligne. Je me demande même si cela n'a pas été écrit à la plume comme dans l'ancien temps.
Les soeurs ont gardé cette lettre dans une pochette, elle n'est donc ni abimée ni cornée. J'en ai fait une photocopie pour la garder tout le temps avec moi et l'originale reste bien à l'abri dans son écrin de plastique.
Ce soir, nous avons donc fêté mes dix-huit ans. Les soeurs avaient préparé un repas de fête. Elles sont adorables, elles connaissent mes goûts et j'ai eu tous mes plats préférés :
Nous nous sommes régalées en écoutant de la musique et en piaillant toute la soirée. Même les plus petites ont été autorisées à rester avec nous plus tard, c'était génial !
Au moment du dessert, elles m'ont apporté un paquet enveloppé dans un papier de soie rouge. Je l'ai ouvert délicatement tant le papier était joli ! À l'intérieur trônait un magnifique journal relié de cuir accompagné d'un stylo plume. Les soeurs m'ont dit qu'il était temps pour moi d'ouvrir le journal de ma vie de femme. Il va devenir mon meilleur ami, mon confident, le témoin de mon quotidien. Voici donc le premier chapître de ma vie d'adulte.
La Mère Supérieure m'a également dit que nous parlerons de mon avenir demain matin, je me demande ce qu'elle entend par là. J'ai eu mon bac en juin et je suis inscrite en fac de langue au frais de l'État étant donné que mes résultats frisent la perfection. Je souhaite enseigner les langues aux plus démunis dans un pays du Tiers-Monde au sein d'une association par exemple ou dans un orphelinat comme ici.
Maintenant que j'ai reçu cette lettre et que je connais le nom de ma mère, il est clair que je souhaite la retrouver et en savoir plus sur cette famille dont elle voulait me protéger. Soeur Agathe m'a conseillé d'attendre, de ne pas agir sur un coup de tête et je pense que je vais suivre son conseil.
Tout est calme dehors, il est minuit passé et l'orphelinat est endormi. Je suis peut-être la dernière debout ce soir. J'ai hâte d'avoir cette conversation avec la Mère Supérieure, le sommeil risque d'être long à venir ...
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