Un soir, une copine me dit qu'elle voudrait une histoire qui fait peur. Je me suis alors souvenue de petites expériences que nous faisions avec mon meilleur ami quand nous étions ados.
C'est très romancé mais l'essence de nos sentiments de l'époque est bien là :)

Ce récit a été pour moi la découverte officielle que je sais broder aussi avec des mots ;)



J'avais 15 ou 16 ans et mon meilleur ami s'appelait Manu. Nous étions inséparables et toujours à l'affut de nouvelles émotions fortes. Nous avions décidé de nous intéresser de prêt à l'occulte. Les mythes des vampires, sorcières et autres démons nous passionnaient. Nous passions nos week end dans les bibliothèques curieux de trouver toujours plus d'informations.

Un jour, nous tombâmes sur un livre ancien concernant la magie et les rythes. Nous y trouvâmes les phrases pour appeler les esprits perdus dans les limbes les plus profondes. Les âmes qui errent entre deux mondes sans jamais trouver le repos.

Nous avions beaucoup tergiversé avant de nous décider à essayer une de ces incantations. Nous étions véritablement excités à l'idée de passer de l'autre côté, de ne plus nous contenter de la théorie. Dans le livre, il y avait le dessin d'un pentagramme. Nous l'avions réalisé des dixaines de fois avant de les brûler les uns après les autres pour ne pas laisser de trace.
Nous avions trouvé une petite boutique qui vendait des objets de cultes et des articles de sorcellerie. Nous y avions acheté des bougies noires entre autres articles necessaires à célébrer les messes. Nous avions choisi de prendre des amulettes pour nous protéger en cas de problème. Mais il était plus craintif que moi, j'étais prête à vivre l'expérience, à me donner à fond dans ma passion. Nous avions eu une violente dispute et je sentais mon ami bien campé sur ses positions. Il ne voulait plus le faire. Je ne voulais pas me disputer avec lui à cause de ça alors je n'en parlais plus.

Un mercredi après midi, nous étions chez mes parents et l'ennuie était lourd à gérer. Il pleuvait fort nous obligeant à rester à l'intérieur. Nous n'avions plus parlé de sorcellerie depuis deux bonnes semaines.

« Si tu veux, on peut essayer les incantations, lui ai-je dit
- Isa, je n'osais pas t'en parler, j'ai reproduit le pentagramme hier soir, je suis fou de curiosité. Mais si ça tourne mal ?
- Nous avons toutes les incantations de refoulement des esprits, ils ne peuvent pas nous atteindre. »

Il alla donc chercher le pentagramme qu'il avait préparé. Il était magnifique. Il s'était appliqué à reproduire trait pour trait celui que nous avions vu dans le livre des anciens. Le cercle était en peinture doré et l'étoile en argenté. De petit pictogrammes brillaient sous la lumière vacillante des bougies.
Nous avions également recopié l'alphabet en demi cercle sur une feuille et j'avais en ma possession une flèche magique pour que les esprits puissent s'exprimer.

Assis l'un en face de l'autre, nous nous regardions dans les yeux. Je voyais dans les siens passer des ombres de doute, un peu de peu aussi, certainement ... Il me donna les mains, je commençai ...

« Esprits lointains, perdus, nous vous invoquons. Esprits connus ou inconnus, être chers ou rejetés de tous, venez, manifestez vous à nous. »

J'avais parlé les yeux fermés, Manu me tenait les mains, je les sentais moites sous mes paumes. Je lui souris gentiment.

« Détends-toi Manu, ils ne vont pas te mordre. Je lui décochai un clin d'oeil et il me fit un rictus qui se voulait être un sourire.
- Tu es drôle, on dirait que tu sais ce que tu fais ... moi pas. »

C'est à ce moment précis, que la flèche commença à bouger. Elle se déplaçait doucement sur le papier. La feuille crissait sous le bois, le bruit lugubre emplit la pièce. Nous suivions la flèche H ... E ... L ... P

« Help ? ça veut dire au secour en anglais. me dit Manu
- Je sais parler l'anglais, merci, tais toi, elle bouge encore ... »

M ... U ... R ... D ... E ... R

« Isa, ça craint, arrête tout, fais le partir.
- Attends, il a besoin d'aide ... Oh esprit, guide nous vers la vérité et le savoir ... dis nous où trouver le responsable de ton meurtre ... »

Y ... O ... U

W ... I ... L ... L

B ... E

M ... U ... R ... D ... E ... R ... E ... D

Manu se leva d'un bond, rompant notre lien.

« Tu es folle, tu dois tout arrêter, c'est dangereux.
- Mais calme toi, tu es histérique. Ce n'est que du papier. Et puis tu sais bien que les esprits n'ont pas d'emprise sur les corps.
- Tu ne te rends pas compte, il vient de dire que nous allons mourir ...
- Évidemment, il est dejà mort !!! »

À cet instant précis, je ressentis comme une étreinte sur ma nuque. Un froid glacial se propagea le long de ma colonne vertébrale et je sentis de grosses gouttes de sueur perler à mon front. Une terreur indescriptible me terrassa et me fit tourner la tête. Je sentis une légère nausée me secouer et les bougies vacillèrent.
J'avais le souffle court et c'est alletante que je prononçai les mots.

« Esprit venu de loin, je te renvoies, je ne veux plus te retenir. Repars dans l'autre monde, il n'y a plus de place pour toi à l'avenir ... »

J'étais à bout de souffle, j'avais l'impression d'avoir couru des kilomètres. Je repris mon souffle et repris l'incantation. C'était comme si on me serrait la gorge m'empêchant de respirer. Je suffoquais ...

« Repars, je te l'ordonne, repars et abandonne. »

Je tombai à quatre pattes, Manu ne bougeait plus, il me regardait totalement pétrifié de terreur. Un souffle traversa la pièce comme si on avait ouvert une fenêtre en grand, un bruit sourd se fit entendre et puis plus rien. Un silence spectral suivit l'affollement. J'avais crié la dernière phrase, et par delà, le silence en était assourdissant. Je m'allongeai sur le sol, je respirais de nouveau. Le poid qui me serrait la gorge était parti en même temps que le courant d'air avait éteint les bougies. Une seule était restée allumée, nous étions donc dans une pénombre qui frollait l'obscurité totale.
Manu se leva et alluma le plafonnier. La lumière nous coula sur les épaules et la chaleur revint en même temps dans mon corps meurtri. Il s'avança vers moi et me pris dans ses bras, je me laissai aller sur son épaule et laisser couler les larmes. De violents sanglots me secouaient et j'eus du mal à me calmer.

Nous ouvrâmes les volets et les fenêtres. La pluie avait cessée et un beau soleil illuminait le jardin de mes parents. Nous sortîmes main dans la main, trop heureux de contempler le monde réel avec des yeux tout neufs.
Nous avons immédiatement détruit la feuille avec l'alphabet, le pentagramme et les bougies.

Plus jamais, nous ne tantâmes de séance de spéritisme. Nous n'avons jamais reparlé de cette épisode de notre vie ni ensemble ni à personne.

Je ne lui ai jamais avouer que ce soir là, je vis sur mon cou une trace rouge, c'était le dessin d'une main sur ma gorge, comme si on avait cherché à m'étrangler. Trois semaines après cet évènement, un soir en allant me coucher, je remarquai que les rideaux se balançaient doucement comme soufflés par une légère brise. Il n'y a avait pourtant pas un souffle d'air entre ces quatres murs ...