Le thème était la folie pour ce texte. Je me suis bien amusée à l'écrire, j'espère que vous prendrez autant de plaisir à le lire ;)
Voilà, là je suis bien placé, j'ai une bonne vue d'ensemble. Il est 6h00 du matin, je suis déjà sur le pied de guerre, le soleil se lève dans quelques minutes, ils ne vont pas tarder.
Qui aurait pu penser qu'en achetant cette maison, on en arriverait à de tels extrèmes. J'ai bien essayé de les raisonner, mais non, ils font leurs fortes têtes. J'en ai même attrapé deux ou trois, je leur ai parlé, calmement au début pour qu'ils puissent passer le message aux autres. Ils me regardaient avec leurs yeux ronds et tressautants, impossible de capter correctement leur attention. Qu'est-ce que ça peut m'énerver ça, je deviens fou de rage quand on ne me regarde pas alors que je cherche à avoir une conversation sérieuse. Bon, c'est vrai que le premier je l'ai secoué un peu fort, il ne s'en est pas remis, mais je l'ai enterré, j'ai été correct. Et puis, il ne l'avait pas volé, il avait essayé de me blesser à plusieurs reprises quand même.
Il y a deux ans, j'avais laissé courir. Après tout, nous venions
d'arriver, je n'étais pas encore le maître des lieux. Eux, ça fait un
sacré bout de temps qu'ils sont dans le coin. Mais l'année dernière,
quand ils ont remis ça, j'ai trouvé que c'était un peu fort quand même.
Ils ont quand même osé me voler la moitié de mon bien alors que je les
avais gracieusement nourris tout l'hiver ! Justement, je m'étais dit
que si j'étais sympa avec eux, ils feraient peut être un effort, mais
non, rien à faire, ce ne sont que des parasites !
Au début, j'ai juste tenté de me défendre, j'ai posé un filet. Je
pensais que la dissuasion suffirait à les décourager. Mais non, ils
passaient à travers. Sâles volatiles, avec leurs pattes et leurs becs,
ils réussissaient à picorer les cerises et du coup, même s'ils ne les
dévoraient pas, ils les rendaient immangeables pour nous aussi.
Ensuite, j'ai sorti la carabine à plombs, juste pour les effrayer, mais
dès que j'avais le dos tourné, ils revenaient. Je vous dis, ils ne
comprennent rien, ils sont trop bornés.
Alors, j'ai fait des otages, j'ai menacé de les abattre mais croyez
vous qu'ils soient solidaires entre eux ? Mais pas du tout !!! Ils se
moquent bien les uns des autres. Leur seule préoccupation c'est leur
estomac.
Mais je ne me suis pas dégonflé, j'ai mis mes menaces à execution. Mais
ceux là, je ne les ai pas enterré, j'en ai fait des exemples. Je les ai
laissés pourrir au soleil. L'odeur était pestilentiel, au moins ça les
a éloignés un petit peu.
Alors, ils se sont organisés une défense et ils ont été jusqu'à
soudoyer ma famille. Ma femme et ma fille sont entrées dans leurs
rangs. Ma femme n'aime pas les fruits, et la gamine pfff tout ce que
dit sa mère, c'est paroles d'évangile ! Alors forcément, c'était des
proies faciles et des alliés de qualité face à moi.
Je ne m'en suis pas rendu compte tout de suite. L'année dernière, je
n'avais que des soupçons mais quand le cerisier a commencé à rougir il
y a un mois, j'ai bien vu qu'elles me regardaient bizarrement toutes
les deux. Mon fusil a disparu la semaine dernière. Quand j'ai demandé
une explication, ma femme m'a dit que c'était pour mon bien, que je
pourrais me faire du mal ou blesser quelqu'un. Elle n'avouera jamais
que c'est pour eux qu'elle travaille mais je ne suis pas fou, j'ai tout
compris.
Il y a deux jours, je ne me sentais pas très bien, et comme par hazard,
j'étais le seul. Je suis sure qu'elles ont tenté de me droguer pour
mieux me livrer. J'ai arrêté de m'alimenter et de boire autre chose que
de l'eau du robinet.
Cette nuit, je les ai mises hors d'état de nuir. Elles sont à la cave
pour le moment, je n'ai pas encore décidé quel chatiment leur sera
infligé pour leur trahison. Mais il est sûre qu'elles seront un exemple
elles aussi. Je ne les laisserai pas me manquer de respect ainsi alors
que je me suis saigné à blanc pour leur petit confort toutes leurs
vies. Comment peuvent elles être aussi ingrates !
Le jour se lève, ils ne vont pas tarder. Je vais attendre qu'ils soient assez nombreux dans l'arbre et ensuite, je leur montrerai qui est le plus malin. J'ai armé le lance-flamme, je suis prêt. Et si j'ai un peu de chance, avec ce qu'il restera des cerises, je pourrais encore me faire une tarte.


