Nouvelle créée dans le cadre d'un concours organisé par la bibliothèque de Saint Viaud (44)
Nous sommes arrivés un vendredi soir. Papa avait prévu ce week-end en cachette, conscient que s'il nous avait prévenus que nous passerions deux jours à la campagne, nous aurions poussé des hurlements d'horreur. « Ohhhh non pas la campagne, c'est chiant, c'est moche et ça pue !!! ». Jojo et moi ne sommes pas toujours sympas avec papa, il nous voit un week-end sur deux et on arrive toujours à s'engueuler. Il n'y a pas de raison qu'il n'y ait que maman qui profite de notre mauvaise humeur après tout. Jojo a 13 ans et moi presque 16 et nous considérons que nous avons passé l'âge des balades en forêt. C'est donc pour cela qu'il ne nous avait rien dit. En partant de Paris à 17h00, nous nous doutions bien qu'il préparait un mauvais coup, il avait le sourire en coin des surprises foireuses et ses « hum hum » à nos questions ne présageaient rien de bon.
Nous sommes donc arrivés vers 21h00 dans un petit village du nom de Saint Père en Retz, dans le Pays de Retz, région enclavée entre la Bretagne et la Vendée, chargée d'histoire et dotée de merveilleux sites à découvrir. L'angoisse !!!
En arrivant au gite, nous nous sommes fait une raison et avec Jojo nous avons arboré notre plus beau sourire pour ne pas faire de peine à papa. Nous étions dans un bon jour et avions décidé de faire contre mauvaise fortune bon coeur. Nous nous somme installés dans notre chambre et avons rejoint notre père à la table du gite. Durant tout le repas, il nous présenta ce que nous pourrions faire le lendemain pour occuper notre journée dans « ce petit paradis terrestre ». Jojo levait les yeux au ciel régulièrement et poussait des soupirs à fendre l'âme et je m'évertuais à sourire à papa pour deux. Après le café, nous sommes sortis tous les trois pour visiter le village « by night » afind'admirer l'église illuminée. L'horreur !!!
Le lendemain, un soleil radieux nous accueillit au petit déjeuner. Il faut bien avouer que ce gite était super. Nous nous sommes régalés de petits pains avec du beurre salé, d'un oeuf à la coque avec un tasse de café. Il y avait même du jambon, du bacon, des céréales, des yahourts et plus de parfums de confiture que je n'en avais jamais vu ! Papa avait prévu un pique nique pour le midi, il voulait absolument nous montrer le vieux lavoir entièrement restauré en plein centre du bourg. Nous avons donc pris nos paniers repas et nous sommes partis tous les trois bras dessus, bras dessous. Je ne lui dirai jamais en face mais je dois bien avouer que cet endroit est magique et je ne pensais pas si bien dire à l'époque. L'entrée donnait sur la rue et nous avons trouvé un joli lavoir très bien mis en valeur. On aurait presque pu voir les lavandières à genoux, les mains dans l'eau, piaillant tout en savonnant le linge. Au bout d'une allée fleurie, il y avait une petite porte verte en fer forgé qui donnait sur un jardin. Une rangée d'arbres bordait ce jardin et cela donnait sur une clairière.
En passant la porte, je crus entendre comme un tintement. J'ai demandé à mon frère et à mon père mais ils n'avaient rien entendu. Je me suis retournée et j'ai cherché ce qui aurait pu faire ce bruit mais je ne vis rien. Une fois installés, nous avons découvert notre repas. Des mini-sandwichs de pain de mie, une salade de pommes de terre, un petit paquet de chips et des fruit frais coupés. Au moment de prendre mon paquet de chips, un coup de vent le poussa et il tomba par terre. Je me suis baissée et j'ai entendu le même tintement que précédemment.
- Vous avez entendu de nouveau cette sonnerie ?
- Tu sais que Jeanne d'Arc avait sensiblement ton âge quand tout a commencé ! Dit Jojo en riant.
C'est alors que mes yeux fûrent attirés par un mouvement derrière la ligne d'arbres. Quelque chose ou quelqu'un nous observait. J'ai cru que je rêvais dans un premier temps quand l'animal est apparu. Je me suis frottée les yeux et je les ai écarquillés mais je me trouvais dans l'impossibilité d'interprêter correctement ce que je voyais. Jojo, en voyant ma tête s'est retourné et son rire s'est arrêté tout net. Cela ressemblait à une hyene mais grand comme un double poney. Son pelage était roux et rayé comme celui d'un tigre mais le poil était long et avait l'air aussi soyeux que de l'angora. Son museau était noir avec de longues babines comme les grands chiens mais avec des moustaches blanches comme un chat. Et je pourrais jurer qu'elle nous souriait doucement comme pour nous inviter à ne pas avoir peur. Ses yeux était de la couleur de l'ambre la plus pure, dorés et luminescents. C'était presque hypnotique et à bien y regarder, on se voyait en reflet dans ces yeux. Jojo et moi, nous ne bougions plus mais nous ne ressentions aucune peur. J'ai sursauté quand j'ai entendu sa voix.
- Bonjour, je m'appelle Isma
- Bbbb, j'ai bredouillé … Je me suis retournée vers papa mais il était statufié en train de manger une chips.
- Il ne pourrait pas supporter de me voir, les adultes ne peuvent pas comprendre.
Ses yeux étaient si doux que j'ai tout de suite eu confiance en elle. Sa voix était mélodieuse presque lyrique. Jojo ne disait plus rien mais il ne paraissait presque plus surpris par cette créature fantastique. Elle nous invita à la suivre et nous avons laissé notre père dans cette position. En franchissant les arbres, nous avons abouti dans la clairière où se trouvait un grand châpiteau.
Des êtres allaient et venaient dans tous les sens, on aurait dit une fourmillière. On nous regardait et nous saluait comme si nous faisions parti de cet univers. Ils nous appelaient par notre prénom, c'était étrange mais cela nous paraissait logique, comme si cela n'aurait pas pu être autrement. Jojo avait l'air encore plus à l'aise que moi et je l'ai même entendu répondre à certains en les appelant par leur prénom aussi. Isma remarqua mon regard effaré devant l'attitude de mon frère et m'expliqua que cela s'expliquait par son âge. Je m'approchais de l'âge adulte et bientôt, comme papa, je ne serais plus capable d'évoluer parmi eux. Isma nous guida dans le campement et nous présenta d'autres personnages tout aussi charmants et accueillant qu'elle. Laorie était un grand oiseau, elle ressemblait à une autruche dans la forme, elle avait des yeux perçants et intelligents et elle nous accompagna une grande partie de la journée, nous proposant de la chevaucher pour « faire un tour ». Je n'ai jamais rien touché d'aussi doux que les plumes de cet oiseau. Je ne suis même pas sure que c'était des plumes d'ailleurs, cela m'a fait la sensation de la peluche dont on fait les doudous.
Elles nous ont raconté leur histoire mais déjà tout se brouille dans ma tête et je ne saurais très bien retranscrire ce qu'elles m'ont raconté. Je sais encore que ces êtres vivent de la candeur des enfants et que c'est pour ça que les adultes ne peuvent pas les voir. Je me souviens aussi qu'ils seront éternels tant que les enfants rêveront.
En quittant Isma et Laorie, j'avais le coeur lourd car j'avais bien compris que jamais je ne les reverrais, Jojo lui n'a pas semblé ému, il leur a dit au revoir comme s'ils se retrouveraient le lendemain pour jouer à la même heure.
Nous avons rejoint papa, il était toujours dans la même position où nous l'avions laissé et nous avons pris conscience que nous avions très faim.
Le temps s'est arrêté pendant que vous étiez avec nous. Gardez un bon souvenir de notre rencontre, nous reviendrons régulièrement dans vos rêves pour vous raconter des histoires.
J'ai étreint Isma et je l'ai respirée profondemment. Elle plongea son beau regard doré dans le mien et a inscrit son sourire au fin fond de ma mémoire, il restera en moi jusqu'à la fin de ma vie.
- Je ne te reverrai jamais n'est ce pas ?
- Qui sait … dans un grand nombre d'années peut-être. Les personnes agées nous voient aussi quand elles récupèrent leur âme d'enfant. Le temps est cyclique et il ne faut jamais dire jamais.
Elle m'a souri une dernière fois et s'est éloignée, j'ai entendu ce petit tintement quand elle a disparu derrière les arbres et j'ai compris à ce moment là que c'était mon heure de devenir adulte qui sonnait. C'est pour cela que Jojo et papa ne l'avait pas entendu. Pour l'un il était trop tôt et pour l'autre trop tard. Papa s'éveilla et finit sa phrase comme si de rien n'était, il engloutit sa chips en rigolant de sa blague que nous avions oublié mais nous avons ri avec lui. On s'est jeté sur lui en lui disant combien nous l'aimions et il n'a pas compris la raison de cette soudaine bouffée d'amour.
Nous avons passé un super après-midi et dans la soirée, nous sommes allés voir la mer.
Cela fait plusieurs mois maintenant que j'ai fait cette rencontre magique et j'en oublie un détail de plus chaque jour, c'est pour ça que je l'écris car bientôt il ne m'en restera rien. Mais je sais que je vais garder le sourire d'Isma en moi tout au long de ma vie et il sera comme une lanterne qui me montrera le chemin dans les moments sombres de ma vie d'adulte.
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