Thavarith
Je respire doucement pour ne pas avoir de
crampe. Je sais qu'il ne faut pas bouger pour qu'ils puissent
travailler correctement. Il fait doux dans l'atelier mais je ne peux
m'empêcher de frissonner de temps en temps.
Qui aurait pu penser
que je me retrouverais aux beaux arts en tant que modèle ? Quand mon
oncle, le frère ainé de ma mère, est venu à Phnom Penh, nous l'avons
reçu comme le messie. Il a passé quinze jours avec nous. Je lui ai fait
visiter notre belle ville, ses marchés colorés et ses pagodes
pithoresques. L'ambiance chez nous est tellement différente d'ici en
France. C'est en quittant le Cambodge que j'ai réalisé combien nous
sommes pauvres là-bas.
Un soir, maman est venue me parler. Elle m'a
expliqué que mon oncle souhaitait m'emmener à Paris pour m'offrir une
éducation et que je reviendrai quand je serai prête. Nous avons pleuré
toute la nuit dans les bras l'une de l'autre. Elle m'a bercée doucement
et j'ai encore le goût de ses larmes quand je regarde dehors et qu'il
pleut.
J'avais 12 ans quand je suis partie.
« À bientôt
Thavarith, deviens une belle jeune femme. Nous nous reverrons vite. »
Sa bouche souriait mais ses yeux me hurlaient que je lui manquerai à
chaque seconde.
Je l'ai donc laissée avec mes 5 petits frères et
j'ai pris l'avion pour Paris. J'ai appris la langue avec mes cousins et
à l'école. Je me souviens parfaitement de mon premier jour d'école. Mon
oncle m'avait proposé de changer de prénom pour ne pas avoir à raconter
mon histoire tout le temps mais je ne voulais pas me séparer de cette
dernière attache à mes origines. Lui par contre, il en a changé. Il
s'appelait Rasmey et il l'a transformé en Raymond. C'est joli aussi
mais c'est étrange.
J'avais peur de me sentir très seule dans ce
collège, je ne parlais pas encore très bien le français. Et j'ai
rencontré cette jolie blonde, elle m'a prise sous son aile dès le
premier jour et nous ne nous sommes jamais quittées.
« Bonjour, je m'appelle Céline et toi ?
- Thavarith, je suis cambodgienne, je viens d'arriver en France.
- Ce doit être beau chez toi. »
Son
sourire était si tendre que je me suis sentie tout de suite à l'aise.
Nous nous sommes suivies toute notre scolarité. Elle dessinait beaucoup
déjà à l'école et je lui racontais mon pays et il naissait sous ses
doigts. Après la fac, elle a intégré les beaux arts et m'a demandé si
je serais intéressée de poser pour eux. Mes horaires à la fac de
médecine étant très cahotiques, j'ai pu trouver des créneaux de libres
et me voilà muse pour des futurs artistes.
La cloche me fait
sursauter et me ramène à la réalité et à la moquette rèche de
l'atelier. Je sens le peignoir se déposer sur mes épaules. Je lève la
tête et les yeux clairs de Céline me sourient.
« Tu viens, je t'offre une crèpe ! »
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Sélectionnez une note dans le menu déroulant.Dernière mise à jour de cette page le 19/04/2008